.
Récemment on est en droit de se demander si la guerre à Gaza
a été profitable sur le plan économique à Israël en tant que vendeur d'armement
et on peut répondre que oui, dans une certaine mesure, la guerre à Gaza a
coïncidé avec une augmentation record des ventes d’armes israéliennes.
Toutefois, cela ne signifie pas que la guerre soit globalement profitable pour
l’économie israélienne : elle a aussi entraîné des coûts économiques
importants.
En voici l’analyse structurée.
A. Les exportations d’armes israéliennes ont atteint un
record
Les données disponibles montrent que les ventes d’armement
d’Israël ont augmenté pendant la période du conflit. En 2024, les exportations
d’armes d’Israël ont atteint environ 14,7 à 14,8 milliards $, un record
historique. Cela représente une hausse d’environ 13 % par rapport à 2023. C’est
la quatrième année consécutive de record dans ce secteur.
Les principaux produits vendus furent :
-
·
Les systèmes de défense antimissile
-
·
Les missiles et roquettes
-
·
Les drones
-
·
Les technologies militaires et la cyberdéfense
Plus de 50 % des ventes ont été réalisées avec des pays
européens, qui augmentent leurs dépenses militaires.
B. Le facteur “battle-tested”
Dans l’industrie militaire, il existe un phénomène bien
connu : les armes utilisées dans des conflits réels deviennent plus attractives
commercialement. Certains analystes expliquent que l’utilisation opérationnelle
de technologies israéliennes (drones, défense aérienne, etc.) a renforcé leur
crédibilité sur le marché international. Dans certains cas, les produits sont
même commercialisés comme « combat-proven » ou « battle-tested ».
C. Mais la guerre
coûte aussi très cher à l’économie israélienne. Il serait trompeur de dire que
la guerre est économiquement bénéfique dans l’ensemble. Les effets négatifs
observés sont : la chute initiale de
l’activité économique après octobre 2023, la baisse des investissements, les perturbations
dans le tourisme et l’emploi, la mobilisation massive de réservistes, la hausse
forte des dépenses militaires. Par exemple, l’économie israélienne a connu une
contraction au début du conflit, avec des exportations globales en baisse et
une volatilité du PIB en 2024.
On peut résumer ainsi : l’aspect de l’effet de l’Industrie d’armement gagnante à court
terme l’effet sur les exportations militaires records historiques. Mais sur le
plan de l’économie globale, il y a eu un impact mixte ou négatif à court terme
sans compter l’impact non désirable sur les finances publiques à cause des coûts
militaires élevés. Il s’en suit qu’on peut constater que le secteur israélien
de l’armement a probablement bénéficié commercialement du contexte de guerre.
Mais cela ne signifie pas que l’économie israélienne dans son ensemble ait
profité de la guerre, car les coûts macroéconomiques restent très importants.
D’autre part on peut se demander si la guerre
de Gaza a été profitable pour les États Unis allié d'Israel. En tel cas la
réponse nécessite de distinguer plusieurs niveaux économiques : l’industrie
d’armement américaine, certains secteurs économiques spécifiques, l’économie
américaine dans son ensemble. La conclusion des analyses économiques
disponibles est nuancée car l’industrie d’armement américaine a bénéficié
indirectement de ce conflit parce que les États-Unis ont fourni à Israël une
grande quantité d’armes et de munitions depuis le début de la guerre en octobre
2023. Les transferts ont compris les munitions d’artillerie, les bombes guidées
JDAM, les missiles pour le système Iron Dome missiles Hellfire et les bombes
guidées Joint Direct Attack Munition
Ces armes sont produites par des entreprises américaines
comme Lockheed Martin, RTX Corporation et Boeing. Une partie de l’aide
militaire américaine à Israël (environ 3,8 milliards $ par an) doit être
dépensée en grande partie dans l’industrie américaine, ce qui crée des
commandes pour ces entreprises. On doit donc constater que le secteur de la
défense américain bénéficie financièrement de l’aide militaire et du réarmement
lié au conflit. La guerre stimule plus largement la demande militaire mondiale.
La guerre à Gaza s’inscrit dans un contexte global déjà marqué par la guerre en
Ukraine, les tensions au Moyen-Orient, et la hausse des budgets militaires en
Europe.
Ces tensions ont accéléré les commandes d’armes, les
programmes de défense et les investissements militaires. Ce phénomène profite
largement au complexe militaro-industriel américain, qui reste le premier
exportateur d’armes au monde mais l’économie américaine dans son ensemble n’en
profite pas vraiment car à l’échelle macroéconomique, l’impact est très faible
ou négatif. Il existe des raisons à cet état de chose : les États-Unis
financent une grande partie de l’aide militaire et ces dépenses sont
budgétaires, donc elles augmentent le déficit public. Les conflits au
Moyen-Orient créent souvent une instabilité énergétique et des risques
géopolitiques non négligeables. Par exemple plusieurs paquets d’aide à Israël
et à l’Ukraine ont été votés pour plus de 100 milliards de dollars cumulés.
Ces dépenses ne constituent pas un « profit » pour
l’économie américaine globale. Mais au niveau de l’effet économique, l’Industrie
d’armement est gagnante. Certaines entreprises de défense ont jouis de bénéfices
et commandes accrues. Cependant l’économie américaine globale a subi un faible effet
presque neutre. Au niveau des finances publiques on parle de dépenses
supplémentaires. Certaines entreprises américaines de défense profitent
indirectement du conflit mais les États-Unis en tant qu’économie nationale ne
tirent pas réellement un gain net de la guerre.
Beaucoup d’économistes disent que la guerre est rarement
rentable pour les États, même quand l’industrie d’armement gagne de l’argent
parce que les guerres enrichissent parfois certains secteurs, mais elles
appauvrissent presque toujours l’économie globale d’un État. Elle redistribue
la richesse plutôt qu’elle n’en crée. Lorsqu’un État finance une guerre, il
doit augmenter les impôts, emprunter, réallouer
des ressources économiques. L’argent dépensé pour la guerre n’est plus
disponible pour d’autres activités. Ainsi sont négligés les secteurs des infrastructures,
de l’éducation, la santé et de l’innovation civile. Les économistes appellent
cela le coût d’opportunité. Par exemple : 1 milliard de dollars utilisé pour
des missiles ne peut pas être utilisé pour des écoles ou des routes.
On doit aussi constater que l’industrie militaire produit
peu de richesse durable car la plupart des biens militaires sont non productifs
économiquement. Un missile est utilisé une seule fois. Il ne ne produit pas de
biens ou de services. Il ne génère pas d’activité économique durable. À
l’inverse, une usine, un port ou un réseau ferroviaire continue de produire de
la richesse pendant des décennies. La guerre crée une destruction de capital. Même
lorsque la guerre se déroule loin du territoire d’un pays, elle peut provoquer de
l’instabilité financière, la hausse des prix de l’énergie, des perturbations
commerciales qui mènent à une incertitude pour les investisseurs. Ces effets
freinent souvent la croissance économique. L’endettement public augmente fortement. Les
guerres sont presque toujours financées par la dette.
Il est utile de se pencher sur un exemple historique :la
guerre en Irak et en Afghanistan a coûté aux États-Unis plus de 2 000 milliards
de dollars selon plusieurs études universitaires. Cet argent doit ensuite être
remboursé avec intérêts.
On est en droit de se demander pourquoi certaines entreprises semblent en
profiter. Il existe un phénomène appelé complexe militaro-industriel,
expression popularisée par le président Dwight D. Eisenhower en 1961. L’idée est
que certaines entreprises obtiennent des contrats publics importants leurs
revenus augmentent pendant les périodes de tension ou de guerre mais ces
revenus proviennent du budget public, donc des contribuables. Autrement dit,
c’est un transfert d’argent, pas une création de richesse globale.
Ce que montrent la plupart des recherches économiques est
que concernant l’Impact économique, les entreprises d’armement sont gagnantes
et le secteur militaire est en expansion. Par contre l’économie nationale
globale en est rarement bénéficiaire et les finances publiques connaissent un endettement
accru.
Une guerre peut stimuler l’industrie militaire et enrichir
certaines entreprises en créant une activité industrielle temporaire mais elle
ne constitue presque jamais une stratégie économique rentable pour un pays dans
son ensemble. Dans ce sens on peut se demander pourquoi la Seconde Guerre
mondiale a donné l’impression d’avoir enrichi l’économie américaine — alors que
les économistes disent que ce n’est pas vraiment la guerre elle-même qui a créé
la prospérité.
La question de l’heure est de se demander, en outre des
motivations stratégiques qu'est ce qui sur le plan économique, amène Israël et
les États-Unis à s'engouffrer dans la guerre d'Iran
Cette question est importante, car les motivations
économiques existent, mais elles sont indirectes et souvent secondaires par
rapport aux motivations stratégiques et sécuritaires. Les chercheurs
distinguent généralement trois logiques économiques possibles derrière une
confrontation avec l’Iran :
·
Le contrôle indirect du marché de l’énergie
·
Le Moyen-Orient reste la zone clé du pétrole
mondial.
·
Il constitue un point central car c’est par le Détroit d’Hormuz, que transite environ 20 % du
pétrole mondial.
Une guerre impliquant l’Iran peut perturber les exportations
de pétrole iranien et en réduire l’offre mondiale. Elle peut faire monter les
prix du pétrole. Ces hausses peuvent bénéficier aux producteurs concurrents,
notamment : les États-Unis (pétrole de schiste), l’Arabie saoudite, et les producteurs
occidentaux. Dans certaines analyses, une crise énergétique peut donc créer des
opportunités commerciales pour les exportateurs occidentaux d’énergie. Elle
peut aussi affaiblir un concurrent énergétique majeur.
L’Iran possède les 3ᵉ réserves mondiales de pétrole et les 2ᵉ
réserves de gaz naturel. Un Iran économiquement isolé ou affaibli signifie moins
d’exportations iraniennes, moins de concurrence sur les marchés énergétiques et
davantage d’espace pour d’autres producteurs. Historiquement, les sanctions
américaines ont déjà réduit l’accès de l’Iran au marché mondial de l’énergie.
Effet sur l’industrie militaire occidentale :
Comme dans d’autres conflits, une guerre entraîne une consommation
massive d’armements, des commandes pour les industries militaires, et des
réapprovisionnements permanents. Les entreprises comme Lockheed Martin, RTX
Corporation et Boeing profitent généralement d’une augmentation des budgets
militaires et des ventes d’armes. Mais il faut être précis : ce bénéfice
concerne surtout les entreprises, pas nécessairement l’économie nationale dans
son ensemble.
On peut se pencher sur les opportunités géopolitiques
économiques régionales car certains analystes évoquent un objectif plus large,
celui de reconfigurer l’économie du Moyen-Orient. Si l’influence iranienne est
affaiblie, cela peut faciliter des accords économiques entre Israël et des
États arabes, l’expansion de corridors commerciaux régionaux des projets
énergétiques communs (dans les domaines du gaz, des pipelines et des ports. Après
certaines confrontations avec l’Iran, des analystes ont évoqué l’espoir d’un
“dividende économique de stabilisation régionale” si l’influence iranienne
diminue. Mais les économistes soulignent une réalité importante : la
plupart des études concluent que les guerres avec l’Iran seraient
économiquement risquées pour tout le monde.
En voici les conséquences possibles :
·
La hausse du prix du pétrole
·
L’inflation mondiale
·
Les perturbations du commerce maritime
·
L’instabilité financière
Par exemple, une crise dans le détroit d’Ormuz peut affecter
près d’un cinquième de l’approvisionnement mondial en pétrole, ce qui
déstabilise l’économie globale.
Bien sûr les motivations économiques possibles sont l’influence
sur les marchés énergétiques, l’affaiblissement d’un concurrent pétrolier
majeur, les bénéfices pour l’industrie d’armement et la recomposition
économique régionale au Moyen-Orient.
Mais il faut souligner que la motivation principale reste
généralement stratégique et sécuritaire, car économiquement une guerre avec
l’Iran comporte des risques majeurs pour l’économie mondiale.
Parlons maintenant d’un sujet rarement discuté mais très
important : le projet de corridors commerciaux (Inde-Moyen-Orient-Europe) et
pourquoi l’Iran y joue un rôle géo-économique central. Ce sujet touche à un
élément géoéconomique majeur apparu récemment dans les analyses stratégiques :
la compétition entre corridors commerciaux eurasiens.
L’Iran y occupe une position centrale.
Pour comprendre l’enjeu, il faut examiner deux grands
projets de routes commerciales.
Le corridor Inde – Moyen-Orient – Europe (IMEC).
En 2023, lors du sommet du G20, les États-Unis ont soutenu la création du
corridor : India–Middle East–Europe Economic Corridor don l’objectif est de relier,
l’Inde, les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite, Israël et l’Europe. Le
système combine : les ports, les chemins
de fer, les câbles numériques, les pipelines énergétiques
Le projet de trajet simplifié qui va de l’Inde →
Émirats → Arabie saoudite → Israël → Méditerranée → Europe. C’est une idée
consistant à créer une route commerciale plus rapide que le canal de Suez pour
certains flux. Israël est appelé à exercer un rôle clef dans ce projet. Il
deviendrait un hub logistique méditerranéen. Les ports israéliens, notamment : le
port d’Haifa et le port d’Ashdod seraient reliés à l’Arabie saoudite par rail. Ensuite
les marchandises partiraient vers l’Europe. Cela donnerait à Israël une
nouvelle importance commerciale, des revenus logistiques et un rôle stratégique
dans le commerce Europe-Asie.
Il est d’abord bon de se demander pourquoi l’Iran est un
obstacle géo-économique. L’Iran contrôle une autre route commerciale majeure. Il
participe au corridor International «North–South Transport Corridor». Ce corridor relie : Inde → Iran → Russie →
Europe. Alors que le trajet simplifié participe au corridor Inde → port iranien →
rail iranien → Russie → Europe. Il est soutenu notamment par la
Russie, l’Iran et l’Inde. Il peut réduire fortement les temps de transport
entre l’Inde et l’Europe.
Nous sommes en présence de deux visions concurrentes du
commerce eurasiatique :
·
Le corridor IMEC soutenu par les États-Unis, l’Europe,
Israël et les pays du Golfe : Inde → Golfe → Israël → Europe.
·
Le corridor INSTC soutenu par l’Iran, la Russie
et l’Inde : Inde → Iran → Russie → Europe
De là l’intérêt d’envahir l’Iran. Ces corridors représentent
deux architectures économiques concurrentes. Au chapitre des enjeux économiques
potentiels. Si le corridor IMEC réussit Israël
devient un carrefour commercial majeur et les États-Unis renforcent
l’intégration économique avec le Moyen-Orient tandis que l’influence économique
iranienne diminue. Par contre si le
corridor iranien s’imposait l’Iran devient une plateforme logistique entre
l’Asie et l’Europe. La Russie et l’Iran gagnent en influence économique.
Cependant les économistes restent prudents car même si ces
corridors sont importants, les chercheurs rappellent que les conflits
militaires perturbent les routes commerciales, l’instabilité régionale retarde
les investissements et les projets d’infrastructures prennent souvent 10 à 20
ans avant d’avoir un impact économique réel.
En résumé, l’un des arrière-plans
économiques du conflit régional est la compétition pour contrôler les futures
routes commerciales entre l’Asie et l’Europe. Deux visions s’opposent : un axe
économique passant par Israël et le Golfe (IMEC) et un axe passant par l’Iran
et la Russie (INSTC). La rivalité géopolitique autour de l’Iran s’inscrit donc
aussi dans une compétition pour l’architecture économique de l’Eurasie au XXIᵉ
siècle.
Maintenant est-ce qu'on a le droit de penser que le complexe
militaro-industriel est le seul bénéficiaire de ces conflits au détriment des
intérêts nationaux?
L’idée du « complexe militaro-industriel » a été popularisé
par Dwight D. Eisenhower, ancien général et président des États-Unis. Dans son
discours d’adieu de 1961, il mettait en garde contre l’influence conjointe de
l’armée, de l’industrie de la défense et de certains responsables politiques. L’idée
centrale étant que les entreprises d’armement peuvent avoir un intérêt
économique à l’augmentation des dépenses militaires. Ce concept reste largement
discuté en science politique, en économie de la défense et dans l’histoire des
relations internationales. Les faits
économiques qui nourrissent cette critique résident dans la concentration de
l’industrie.
Actuellement quelques grandes entreprises dominent le marché : Lockheed
Martin, RTX Corporation, Northrop Grumman, Boeing. Ces entreprises dépendent
largement des budgets militaires publics et des exportations d’armes. Les
conflits ou crises internationales entraînent souvent une augmentation des
dépenses militaires, des commandes d’armes supplémentaires et des programmes de
réarmement. Cela peut se traduire par une hausse du chiffre d’affaires, une augmentation
du cours boursier de certaines entreprises. Les industries de défense exercent
aussi un fort lobbying, elles participent largement aux contributions
politiques et entretiennent des relations étroites avec les institutions
militaires. Ces phénomènes sont documentés dans la littérature sur l’économie
politique de la défense. Cependant la plupart des chercheurs ne pensent pas que
ce soit l’unique moteur. La majorité des historiens et politologues considèrent toutefois que les guerres résultent d’un ensemble de facteurs dont la sécurité
nationale, les rivalités géopolitiques, l’idéologie les alliances militaires et
l’équilibre des puissances sur le plan géopolitique.
Les gouvernements peuvent considérer certains conflits comme
nécessaires pour empêcher une menace stratégique, préserver des alliances, et maintenir
un équilibre régional. Dans cette perspective, l’industrie de la défense
profite du conflit, mais ne le provoque pas nécessairement. La plupart des
études concluent que l’industrie d’armement profite des guerres, qu’elle exerce
une influence politique mais ne considèrent pas qu’elle soit l’unique moteur
des conflits car ces derniers sont plutôt vus comme le produit d’un système de
décisions politiques et stratégiques complexes. Il demeure néanmoins tout à
fait légitime intellectuellement de penser que le complexe militaro-industriel
peut être un bénéficiaire majeur des conflits. Mais dire qu’il est le seul
bénéficiaire ou la cause principale reste une thèse débattue, qui ne correspond
pas au consensus dominant dans la recherche.
On peut aussi légitimement se demander si le président Donald
Trump tente de créer une diversion face au scandale Epstein à l'approches des
élections. L’idée qu’un dirigeant
pourrait chercher à détourner l’attention d’un scandale intérieur par une crise
extérieure n’est jamais à exclure. En science politique, cela existe réellement
comme concept, mais il faut distinguer la théorie générale des preuves
concrètes dans un cas particulier. Le
concept de « diversionary war » ou de guerre diversionnelle est souvent abordé
par les politologues. Cette théorie suggère que certains dirigeants peuvent
être tentés de provoquer ou d’intensifier un conflit extérieur afin de détourner
l’attention d’un scandale intérieur, renforcer le sentiment national, bénéficier
d’un effet de ralliement autour du drapeau (rally-around-the-flag effect). Ce
phénomène a été étudié dans la littérature académique depuis les années 1970. Le « rally-around-the-flag effect » est un concept
décrit un phénomène mesuré dans l’opinion publique : lorsqu’une crise
internationale ou une guerre éclate, la popularité du dirigeant peut augmenter
temporairement. Ce phénomène a été observé par exemple après les attentats du
11 septembre 2001 sous George W. Bush.
Cependant cet effet est souvent temporaire. Concernant Donald
Trump il existe dans les médias et le débat politique des spéculations selon
lesquelles certains dirigeants pourraient chercher à modifier l’agenda
médiatique en période de scandale. Le président actuel s’abroge beaucoup de
pouvoir et contourne souvent les institutions traditionnelles pour gouverner
par décret. Il faut tenir compte qu’en temps normal aux États-Unis, plusieurs
acteurs interviennent dans les décisions de guerre : le Congrès, le département
de la Défense, les agences de renseignement, les alliés internationaux. Cela
rend difficile qu’une décision militaire majeure soit motivée uniquement par un
calcul politique personnel. Mais dans le cas présent étant donné le style de
gestion du personnage, il est légitime d’envisager l’hypothèse qu’un dirigeant
puisse être tenté d’utiliser une crise internationale pour modifier l’attention
politique intérieure — c’est une théorie reconnue en science politique. La
Constitution des États-Unis prévoit une répartition des pouvoirs : le Congrès a
le pouvoir de déclarer la guerre tandis que le président est commandant en chef
des forces armées. Dans la pratique moderne, les présidents ont souvent utilisé
la force sans déclaration formelle de guerre.
Après la guerre du Vietnam, le Congrès a adopté la War
Powers Resolution qui prévoit que le
président peut engager des forces militaires rapidement mais doit notifier le
Congrès et obtenir son autorisation si l’opération dure plus de 60 jours. Les
précédents historiques existent car plusieurs présidents ont utilisé la force
sans vote préalable du Congrès, par exemple : Barack Obama en Libye (2011), Bill
Clinton au Kosovo (1999) et Ronald Reagan à Grenade (1983). Ce type d’action
est donc controversé mais pas inédit.
Pierre Castonguay