Raison du Blog

Raison du blog Je suis né dans un monde où l’humanité a trop souvent choisi de résoudre ses différends par la voie militaire. Ce choix, récurrent dans l’histoire moderne, ne se limite pas aux champs de bataille : il transforme les villes, fragilise les sociétés et affecte durablement les générations futures. Les conflits armés contemporains ne détruisent pas uniquement des forces combattantes. Ils atteignent les structures fondamentales qui permettent la vie collective : hôpitaux, cliniques, réseaux d’eau potable, systèmes d’assainissement, centrales énergétiques, routes, établissements d’enseignement, bibliothèques, marchés publics, lieux de culte, musées et institutions culturelles. Lorsque ces infrastructures sont endommagées ou anéanties, ce sont des écosystèmes humains entiers qui vacillent. Les recherches du Peace Research Institute Oslo (PRIO) démontrent que le nombre de conflits armés étatiques a atteint, au cours des dernières années, un niveau historiquement élevé. Ces affrontements touchent plusieurs continents et concernent un nombre croissant de populations civiles. Les « effets collatéraux » — expression issue du vocabulaire militaire — désignent des dommages non intentionnels mais prévisibles infligés aux civils, aux infrastructures civiles et à l’environnement. Dans les conflits contemporains, particulièrement en milieu urbain, les civils représentent la majorité des victimes. Les conséquences incluent : pertes humaines massives ; destruction de logements et d’infrastructures vitales ; déplacements forcés de populations ; traumatismes psychologiques durables ; contamination environnementale ; effondrement de systèmes éducatifs et culturels. Ce blog n’a pas pour vocation d’alimenter la polarisation ni de prendre parti dans les rivalités géopolitiques. Il vise à : documenter les conflits armés avec rigueur factuelle ; analyser leurs causes historiques, politiques et économiques ; mettre en lumière leurs conséquences humaines ; rappeler que derrière chaque donnée statistique se trouvent des vies, des familles et des mémoires collectives. Comprendre la guerre ne signifie pas la justifier. L’examiner avec méthode et lucidité constitue une étape nécessaire vers des solutions durables : diplomatie, médiation, respect du droit international humanitaire, protection des civils et reconstruction institutionnelle. Conflits se veut un espace de veille, d’analyse et de responsabilité intellectuelle. Documenter la guerre avec précision est une manière d’œuvrer, modestement mais résolument, en faveur de la paix. Ce blog constitue un observatoire structuré des conflits contemporains. Il s’appuie sur une couverture géographique mondiale et une pluralité idéologique assumée. Les informations proviennent de données institutionnelles, de centres de recherche stratégiques, de médias issus de différentes sphères culturelles, d’organisations internationales et de sources spécialisées en sécurité et défense. L’objectif est d’offrir une veille rigoureuse, multidimensionnelle et documentée.

Thursday, March 5, 2026

Est-ce que les pressions du complexe militaro-industriel de l’armement mettent en danger l’intérêt des nations et la paix mondiale dans le contexte de la guerre en Iran

 

.

Récemment on est en droit de se demander si la guerre à Gaza a été profitable sur le plan économique à Israël en tant que vendeur d'armement et on peut répondre que oui, dans une certaine mesure, la guerre à Gaza a coïncidé avec une augmentation record des ventes d’armes israéliennes. Toutefois, cela ne signifie pas que la guerre soit globalement profitable pour l’économie israélienne : elle a aussi entraîné des coûts économiques importants.

En voici l’analyse structurée.

A. Les exportations d’armes israéliennes ont atteint un record

Les données disponibles montrent que les ventes d’armement d’Israël ont augmenté pendant la période du conflit. En 2024, les exportations d’armes d’Israël ont atteint environ 14,7 à 14,8 milliards $, un record historique. Cela représente une hausse d’environ 13 % par rapport à 2023. C’est la quatrième année consécutive de record dans ce secteur.

Les principaux produits vendus furent :

  • ·         Les systèmes de défense antimissile
  • ·         Les missiles et roquettes
  • ·         Les drones
  • ·         Les technologies militaires et la cyberdéfense

 Plus de 50 % des ventes ont été réalisées avec des pays européens, qui augmentent leurs dépenses militaires.

B. Le facteur “battle-tested”

Dans l’industrie militaire, il existe un phénomène bien connu : les armes utilisées dans des conflits réels deviennent plus attractives commercialement. Certains analystes expliquent que l’utilisation opérationnelle de technologies israéliennes (drones, défense aérienne, etc.) a renforcé leur crédibilité sur le marché international. Dans certains cas, les produits sont même commercialisés comme « combat-proven » ou « battle-tested ».

C.  Mais la guerre coûte aussi très cher à l’économie israélienne. Il serait trompeur de dire que la guerre est économiquement bénéfique dans l’ensemble. Les effets négatifs observés sont :  la chute initiale de l’activité économique après octobre 2023, la baisse des investissements, les perturbations dans le tourisme et l’emploi, la mobilisation massive de réservistes, la hausse forte des dépenses militaires. Par exemple, l’économie israélienne a connu une contraction au début du conflit, avec des exportations globales en baisse et une volatilité du PIB en 2024.

On peut résumer ainsi : l’aspect de l’effet de l’Industrie d’armement gagnante à court terme l’effet sur les exportations militaires records historiques. Mais sur le plan de l’économie globale, il y a eu un impact mixte ou négatif à court terme sans compter l’impact non désirable sur les finances publiques à cause des coûts militaires élevés. Il s’en suit qu’on peut constater que le secteur israélien de l’armement a probablement bénéficié commercialement du contexte de guerre. Mais cela ne signifie pas que l’économie israélienne dans son ensemble ait profité de la guerre, car les coûts macroéconomiques restent très importants.

D’autre part on peut se demander si la guerre de Gaza a été profitable pour les États Unis allié d'Israel. En tel cas la réponse nécessite de distinguer plusieurs niveaux économiques : l’industrie d’armement américaine, certains secteurs économiques spécifiques, l’économie américaine dans son ensemble. La conclusion des analyses économiques disponibles est nuancée car l’industrie d’armement américaine a bénéficié indirectement de ce conflit parce que les États-Unis ont fourni à Israël une grande quantité d’armes et de munitions depuis le début de la guerre en octobre 2023. Les transferts ont compris les munitions d’artillerie, les bombes guidées JDAM, les missiles pour le système Iron Dome missiles Hellfire et les bombes guidées Joint Direct Attack Munition

Ces armes sont produites par des entreprises américaines comme Lockheed Martin, RTX Corporation et Boeing. Une partie de l’aide militaire américaine à Israël (environ 3,8 milliards $ par an) doit être dépensée en grande partie dans l’industrie américaine, ce qui crée des commandes pour ces entreprises. On doit donc constater que le secteur de la défense américain bénéficie financièrement de l’aide militaire et du réarmement lié au conflit. La guerre stimule plus largement la demande militaire mondiale. La guerre à Gaza s’inscrit dans un contexte global déjà marqué par la guerre en Ukraine, les tensions au Moyen-Orient, et la hausse des budgets militaires en Europe.

Ces tensions ont accéléré les commandes d’armes, les programmes de défense et les investissements militaires. Ce phénomène profite largement au complexe militaro-industriel américain, qui reste le premier exportateur d’armes au monde mais l’économie américaine dans son ensemble n’en profite pas vraiment car à l’échelle macroéconomique, l’impact est très faible ou négatif. Il existe des raisons à cet état de chose : les États-Unis financent une grande partie de l’aide militaire et ces dépenses sont budgétaires, donc elles augmentent le déficit public. Les conflits au Moyen-Orient créent souvent une instabilité énergétique et des risques géopolitiques non négligeables. Par exemple plusieurs paquets d’aide à Israël et à l’Ukraine ont été votés pour plus de 100 milliards de dollars cumulés.

Ces dépenses ne constituent pas un « profit » pour l’économie américaine globale. Mais au niveau de l’effet économique, l’Industrie d’armement est gagnante. Certaines entreprises de défense ont jouis de bénéfices et commandes accrues. Cependant l’économie américaine globale a subi un faible effet presque neutre. Au niveau des finances publiques on parle de dépenses supplémentaires. Certaines entreprises américaines de défense profitent indirectement du conflit mais les États-Unis en tant qu’économie nationale ne tirent pas réellement un gain net de la guerre.

Beaucoup d’économistes disent que la guerre est rarement rentable pour les États, même quand l’industrie d’armement gagne de l’argent parce que les guerres enrichissent parfois certains secteurs, mais elles appauvrissent presque toujours l’économie globale d’un État. Elle redistribue la richesse plutôt qu’elle n’en crée. Lorsqu’un État finance une guerre, il doit augmenter les impôts,  emprunter, réallouer des ressources économiques. L’argent dépensé pour la guerre n’est plus disponible pour d’autres activités. Ainsi sont négligés les secteurs des infrastructures, de l’éducation, la santé et de l’innovation civile. Les économistes appellent cela le coût d’opportunité. Par exemple : 1 milliard de dollars utilisé pour des missiles ne peut pas être utilisé pour des écoles ou des routes.

On doit aussi constater que l’industrie militaire produit peu de richesse durable car la plupart des biens militaires sont non productifs économiquement. Un missile est utilisé une seule fois. Il ne ne produit pas de biens ou de services. Il ne génère pas d’activité économique durable. À l’inverse, une usine, un port ou un réseau ferroviaire continue de produire de la richesse pendant des décennies. La guerre crée une destruction de capital. Même lorsque la guerre se déroule loin du territoire d’un pays, elle peut provoquer de l’instabilité financière, la hausse des prix de l’énergie, des perturbations commerciales qui mènent à une incertitude pour les investisseurs. Ces effets freinent souvent la croissance économique.  L’endettement public augmente fortement. Les guerres sont presque toujours financées par la dette.

Il est utile de se pencher sur un exemple historique :la guerre en Irak et en Afghanistan a coûté aux États-Unis plus de 2 000 milliards de dollars selon plusieurs études universitaires. Cet argent doit ensuite être remboursé avec intérêts.

On est en droit de se demander  pourquoi certaines entreprises semblent en profiter. Il existe un phénomène appelé complexe militaro-industriel, expression popularisée par le président Dwight D. Eisenhower en 1961. L’idée est que certaines entreprises obtiennent des contrats publics importants leurs revenus augmentent pendant les périodes de tension ou de guerre mais ces revenus proviennent du budget public, donc des contribuables. Autrement dit, c’est un transfert d’argent, pas une création de richesse globale.

Ce que montrent la plupart des recherches économiques est que concernant l’Impact économique, les entreprises d’armement sont gagnantes et le secteur militaire est en expansion. Par contre l’économie nationale globale en est rarement bénéficiaire et les finances publiques connaissent un endettement accru.

Une guerre peut stimuler l’industrie militaire et enrichir certaines entreprises en créant une activité industrielle temporaire mais elle ne constitue presque jamais une stratégie économique rentable pour un pays dans son ensemble. Dans ce sens on peut se demander pourquoi la Seconde Guerre mondiale a donné l’impression d’avoir enrichi l’économie américaine — alors que les économistes disent que ce n’est pas vraiment la guerre elle-même qui a créé la prospérité.

La question de l’heure est de se demander, en outre des motivations stratégiques qu'est ce qui sur le plan économique, amène Israël et les États-Unis à s'engouffrer dans la guerre d'Iran

Cette question est importante, car les motivations économiques existent, mais elles sont indirectes et souvent secondaires par rapport aux motivations stratégiques et sécuritaires. Les chercheurs distinguent généralement trois logiques économiques possibles derrière une confrontation avec l’Iran :

·         Le contrôle indirect du marché de l’énergie

·         Le Moyen-Orient reste la zone clé du pétrole mondial.

·         Il constitue un point central car c’est par le  Détroit d’Hormuz, que transite environ 20 % du pétrole mondial.

Une guerre impliquant l’Iran peut perturber les exportations de pétrole iranien et en réduire l’offre mondiale. Elle peut faire monter les prix du pétrole. Ces hausses peuvent bénéficier aux producteurs concurrents, notamment : les États-Unis (pétrole de schiste), l’Arabie saoudite, et les producteurs occidentaux. Dans certaines analyses, une crise énergétique peut donc créer des opportunités commerciales pour les exportateurs occidentaux d’énergie. Elle peut aussi affaiblir un concurrent énergétique majeur.

 L’Iran possède les 3ᵉ réserves mondiales de pétrole et les 2ᵉ réserves de gaz naturel. Un Iran économiquement isolé ou affaibli signifie moins d’exportations iraniennes, moins de concurrence sur les marchés énergétiques et davantage d’espace pour d’autres producteurs. Historiquement, les sanctions américaines ont déjà réduit l’accès de l’Iran au marché mondial de l’énergie.

 Effet sur l’industrie militaire occidentale :

Comme dans d’autres conflits, une guerre entraîne une consommation massive d’armements, des commandes pour les industries militaires, et des réapprovisionnements permanents. Les entreprises comme Lockheed Martin, RTX Corporation et Boeing profitent généralement d’une augmentation des budgets militaires et des ventes d’armes. Mais il faut être précis : ce bénéfice concerne surtout les entreprises, pas nécessairement l’économie nationale dans son ensemble.

On peut se pencher sur les opportunités géopolitiques économiques régionales car certains analystes évoquent un objectif plus large, celui de reconfigurer l’économie du Moyen-Orient. Si l’influence iranienne est affaiblie, cela peut faciliter des accords économiques entre Israël et des États arabes, l’expansion de corridors commerciaux régionaux des projets énergétiques communs (dans les domaines du gaz, des pipelines et des ports. Après certaines confrontations avec l’Iran, des analystes ont évoqué l’espoir d’un “dividende économique de stabilisation régionale” si l’influence iranienne diminue. Mais les économistes soulignent une réalité importante : la plupart des études concluent que les guerres avec l’Iran seraient économiquement risquées pour tout le monde.

En voici les conséquences possibles :

·         La hausse du prix du pétrole

·         L’inflation mondiale

·         Les perturbations du commerce maritime

·         L’instabilité financière

Par exemple, une crise dans le détroit d’Ormuz peut affecter près d’un cinquième de l’approvisionnement mondial en pétrole, ce qui déstabilise l’économie globale.

Bien sûr les motivations économiques possibles sont l’influence sur les marchés énergétiques, l’affaiblissement d’un concurrent pétrolier majeur, les bénéfices pour l’industrie d’armement et la recomposition économique régionale au Moyen-Orient.

Mais il faut souligner que la motivation principale reste généralement stratégique et sécuritaire, car économiquement une guerre avec l’Iran comporte des risques majeurs pour l’économie mondiale.

Parlons maintenant d’un sujet rarement discuté mais très important : le projet de corridors commerciaux (Inde-Moyen-Orient-Europe) et pourquoi l’Iran y joue un rôle géo-économique central. Ce sujet touche à un élément géoéconomique majeur apparu récemment dans les analyses stratégiques : la compétition entre corridors commerciaux eurasiens.

L’Iran y occupe une position centrale.

Pour comprendre l’enjeu, il faut examiner deux grands projets de routes commerciales.

Le corridor Inde – Moyen-Orient – Europe (IMEC). En 2023, lors du sommet du G20, les États-Unis ont soutenu la création du corridor : India–Middle East–Europe Economic Corridor don l’objectif est de relier, l’Inde, les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite, Israël et l’Europe. Le système combine :  les ports, les chemins de fer, les câbles numériques, les pipelines énergétiques

 Le projet de trajet simplifié qui va de l’Inde → Émirats → Arabie saoudite → Israël → Méditerranée → Europe. C’est une idée consistant à créer une route commerciale plus rapide que le canal de Suez pour certains flux. Israël est appelé à exercer un rôle clef dans ce projet. Il deviendrait un hub logistique méditerranéen. Les ports israéliens, notamment : le port d’Haifa et le port d’Ashdod seraient reliés à l’Arabie saoudite par rail. Ensuite les marchandises partiraient vers l’Europe. Cela donnerait à Israël une nouvelle importance commerciale, des revenus logistiques et un rôle stratégique dans le commerce Europe-Asie.

 Il est d’abord bon de se demander pourquoi l’Iran est un obstacle géo-économique. L’Iran contrôle une autre route commerciale majeure. Il participe au corridor International «North–South Transport Corridor».  Ce corridor relie : Inde → Iran → Russie → Europe. Alors que le trajet simplifié  participe au corridor Inde → port iranien → rail iranien → Russie → Europe. Il est soutenu notamment par la Russie, l’Iran et l’Inde. Il peut réduire fortement les temps de transport entre l’Inde et l’Europe.

 Nous sommes en présence de deux visions concurrentes du commerce eurasiatique :

·         Le corridor IMEC soutenu par les États-Unis, l’Europe, Israël et les pays du Golfe : Inde → Golfe → Israël → Europe.

·         Le corridor INSTC soutenu par l’Iran, la Russie et l’Inde : Inde → Iran → Russie → Europe

De là l’intérêt d’envahir l’Iran. Ces corridors représentent deux architectures économiques concurrentes. Au chapitre des enjeux économiques potentiels. Si  le corridor IMEC réussit Israël devient un carrefour commercial majeur et les États-Unis renforcent l’intégration économique avec le Moyen-Orient tandis que l’influence économique iranienne diminue. Par contre si  le corridor iranien s’imposait l’Iran devient une plateforme logistique entre l’Asie et l’Europe. La Russie et l’Iran gagnent en influence économique.

Cependant les économistes restent prudents car même si ces corridors sont importants, les chercheurs rappellent que les conflits militaires perturbent les routes commerciales, l’instabilité régionale retarde les investissements et les projets d’infrastructures prennent souvent 10 à 20 ans avant d’avoir un impact économique réel.

 En résumé, l’un des arrière-plans économiques du conflit régional est la compétition pour contrôler les futures routes commerciales entre l’Asie et l’Europe. Deux visions s’opposent : un axe économique passant par Israël et le Golfe (IMEC) et un axe passant par l’Iran et la Russie (INSTC). La rivalité géopolitique autour de l’Iran s’inscrit donc aussi dans une compétition pour l’architecture économique de l’Eurasie au XXIᵉ siècle.

Maintenant est-ce qu'on a le droit de penser que le complexe militaro-industriel est le seul bénéficiaire de ces conflits au détriment des intérêts nationaux?

L’idée du « complexe militaro-industriel » a été popularisé par Dwight D. Eisenhower, ancien général et président des États-Unis. Dans son discours d’adieu de 1961, il mettait en garde contre l’influence conjointe de l’armée, de l’industrie de la défense et de certains responsables politiques. L’idée centrale étant que les entreprises d’armement peuvent avoir un intérêt économique à l’augmentation des dépenses militaires. Ce concept reste largement discuté en science politique, en économie de la défense et dans l’histoire des relations internationales.  Les faits économiques qui nourrissent cette critique résident dans la concentration de l’industrie. 

Actuellement quelques grandes entreprises dominent le marché : Lockheed Martin, RTX Corporation, Northrop Grumman, Boeing. Ces entreprises dépendent largement des budgets militaires publics et des exportations d’armes. Les conflits ou crises internationales entraînent souvent une augmentation des dépenses militaires, des commandes d’armes supplémentaires et des programmes de réarmement. Cela peut se traduire par une hausse du chiffre d’affaires, une augmentation du cours boursier de certaines entreprises. Les industries de défense exercent aussi un fort lobbying, elles participent largement aux contributions politiques et entretiennent des relations étroites avec les institutions militaires. Ces phénomènes sont documentés dans la littérature sur l’économie politique de la défense. Cependant la plupart des chercheurs ne pensent pas que ce soit l’unique moteur. La majorité des historiens et politologues considèrent toutefois que les guerres résultent d’un ensemble de facteurs dont la sécurité nationale, les rivalités géopolitiques, l’idéologie les alliances militaires et l’équilibre des puissances sur le plan géopolitique.

Les gouvernements peuvent considérer certains conflits comme nécessaires pour empêcher une menace stratégique, préserver des alliances, et maintenir un équilibre régional. Dans cette perspective, l’industrie de la défense profite du conflit, mais ne le provoque pas nécessairement. La plupart des études concluent que l’industrie d’armement profite des guerres, qu’elle exerce une influence politique mais ne considèrent pas qu’elle soit l’unique moteur des conflits car ces derniers sont plutôt vus comme le produit d’un système de décisions politiques et stratégiques complexes. Il demeure néanmoins tout à fait légitime intellectuellement de penser que le complexe militaro-industriel peut être un bénéficiaire majeur des conflits. Mais dire qu’il est le seul bénéficiaire ou la cause principale reste une thèse débattue, qui ne correspond pas au consensus dominant dans la recherche.

On peut aussi légitimement se demander si le président Donald Trump tente de créer une diversion face au scandale Epstein à l'approches des élections.  L’idée qu’un dirigeant pourrait chercher à détourner l’attention d’un scandale intérieur par une crise extérieure n’est jamais à exclure. En science politique, cela existe réellement comme concept, mais il faut distinguer la théorie générale des preuves concrètes dans un cas particulier.  Le concept de « diversionary war » ou de guerre diversionnelle est souvent abordé par les politologues. Cette théorie suggère que certains dirigeants peuvent être tentés de provoquer ou d’intensifier un conflit extérieur afin de détourner l’attention d’un scandale intérieur, renforcer le sentiment national, bénéficier d’un effet de ralliement autour du drapeau (rally-around-the-flag effect). Ce phénomène a été étudié dans la littérature académique depuis les années 1970.  Le « rally-around-the-flag effect » est un concept décrit un phénomène mesuré dans l’opinion publique : lorsqu’une crise internationale ou une guerre éclate, la popularité du dirigeant peut augmenter temporairement. Ce phénomène a été observé par exemple après les attentats du 11 septembre 2001 sous George W. Bush.

Cependant cet effet est souvent temporaire. Concernant Donald Trump il existe dans les médias et le débat politique des spéculations selon lesquelles certains dirigeants pourraient chercher à modifier l’agenda médiatique en période de scandale. Le président actuel s’abroge beaucoup de pouvoir et contourne souvent les institutions traditionnelles pour gouverner par décret. Il faut tenir compte qu’en temps normal aux États-Unis, plusieurs acteurs interviennent dans les décisions de guerre : le Congrès, le département de la Défense, les agences de renseignement, les alliés internationaux. Cela rend difficile qu’une décision militaire majeure soit motivée uniquement par un calcul politique personnel. Mais dans le cas présent étant donné le style de gestion du personnage, il est légitime d’envisager l’hypothèse qu’un dirigeant puisse être tenté d’utiliser une crise internationale pour modifier l’attention politique intérieure — c’est une théorie reconnue en science politique. La Constitution des États-Unis prévoit une répartition des pouvoirs : le Congrès a le pouvoir de déclarer la guerre tandis que le président est commandant en chef des forces armées. Dans la pratique moderne, les présidents ont souvent utilisé la force sans déclaration formelle de guerre.

Après la guerre du Vietnam, le Congrès a adopté la War Powers Resolution qui  prévoit que le président peut engager des forces militaires rapidement mais doit notifier le Congrès et obtenir son autorisation si l’opération dure plus de 60 jours. Les précédents historiques existent car plusieurs présidents ont utilisé la force sans vote préalable du Congrès, par exemple : Barack Obama en Libye (2011), Bill Clinton au Kosovo (1999) et Ronald Reagan à Grenade (1983). Ce type d’action est donc controversé mais pas inédit.

Pierre Castonguay


 

No comments:

Post a Comment